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Que faire quand la maladie atteint aussi le moral de l’enfant hospitalisé ? La douleur est certes prise en compte avec sérieux depuis plusieurs années mais rien ne permet de mesurer le chagrin. Et si les clowns jouaient le rôle « d’antalgiques psychiques » ?

A côté des psychologues et des psychiatres qui tentent de soigner par la parole et l’écoute, ils agissent, par le jeu, en véritable en contre-pied à cette forme de souffrance. 

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Petite fille d’origine pakistanaise, Amita refuse tout. Elle ne veut pas jouer. Ne veut voir personne, surtout pas les clowns. Elle tourne la tête à l’opposé lorsqu’elle les voit. Le Pr Méphisto Balthazar et le Dr Joséphine s’accusent mutuellement de lui faire peur. Alors la fillette les regarde par en dessous et se met à rire en douce. Balthazar et Joséphine continuent de plus belle et font exprès de ne pas voir son manège pour préserver son plaisir. Ce jour-là, les hôpiclowns ont fait office d’antidote à la tristesse d’Amita.

Même si les clowns respectent toujours le refus d’un enfant, ils savent qu’une attitude de rejet ou d’agressivité peut aussi dire autre chose. Autant que le repli sur soi, ce peut être le signe qu’un enfant est malheureux.

« Quand un enfant arrive à l’hôpital, c’est de toute façon une souffrance. »

Car l’hôpital devient aisément lieu de souffrance morale. Comme le rappelle Gabrielle Marioni, psychologue à l’Institut Gustave Roussy (Villejuif) : « Quand un enfant arrive à l’hôpital, c’est de toute façon une souffrance. » Il n’est pas touché de la même manière selon son âge, ou son histoire personnelle, mais certains éléments objectifs concourent à sa solitude et son abattement. Il y a d’abord la confrontation à un univers étranger qui peut sembler hostile, cristalliser toutes les peurs sur la maladie et les traitements. De plus, l’hôpital isole : séparé de son univers familier, de sa fratrie, parfois même de ses parents, l’enfant perd ses repères. Il ne va plus à l’école avec ses copains. La maladie le rend différent.

Du point de vue de Gabrielle Marioni, « parfois la maladie vient se greffer sur une souffrance préexistante - problèmes familiaux, scolaires ou psychologiques - qu’elle accentue. Un enfant qui voit ses parents inquiets et malheureux peut développer une forme de tristesse car il se sent responsable de leur état ». Dans le cas d’un enfant d’origine étrangère, l’isolement peut être accentué par la barrière de la langue. Tous ne sont pas comme cette petite fille de 5 ans originaire du Kosovo, hospitalisée 5 mois pour une grave pathologie immunitaire, qui a appris toute seule le français en quelques semaines, rien qu’en écoutant les soignants. Avec ces enfants encore plus isolés, les clowns usent de leur répertoire de chansons étrangères ; il leur arrive aussi d’échanger quelques mots dans la langue de l’enfant. C’est un moyen d’établir un lien, une présence.

Parfois, c’est la douleur physique qui plonge l’enfant dans la mélancolie, un phénomène que l’on constate notamment chez les bébés et les petits enfants. Une douleur chronique peut en effet provoquer une attitude proche de la dépression, contrairement à une douleur aiguë qui entraîne plus volontiers des cris ou des grimaces. La douleur physique peut ainsi accentuer un sentiment d’isolement. L’une des facettes du jeu des clowns est alors de permettre à l’enfant d’exprimer son mal en se défoulant, de se soulager de sa douleur en la mettant en scène, au cours, par exemple, d’une bagarre improvisée entre les clowns. Ils contribuent, par les moments de jeu et d’aventure, à préserver l’équilibre entre les agressions ressenties et les expériences de plaisir ; ils aident ainsi l’enfant à ne pas déprimer.

« La première fois avec les clowns, je me suis dit ‘’on va enfin rigoler’’ !»

A l’hôpital, il y a de grands moments de solitude. Ainsi Samuel, 13 ans, traité depuis son plus jeune âge pour une maladie de l’hypophyse, raconte : « On s’ennuie beaucoup, on est dans sa chambre, on ne fait rien. On se sent un peu délaissé par tout le monde. On voit les jours passer. On rumine, on rumine, on rumine ». Pour lui, les clowns sont un bon dérivatif. « En les voyant, on se sent moins seul, ça fait du bien. La première fois, je me suis dit ‘’on va enfin rigoler’’». Les clowns participent activement au maintien de la vie psychique de l’enfant qui est menacée constamment par l’isolement, la maladie et la lourdeur des traitements.

Si Samuel a accueilli les clowns avec enthousiasme, certains adolescents en revanche leur opposent d’abord un rejet ferme. Cela peut être une expression de leur mal-être. Ceux qui sont soignés pour anorexie ou hospitalisés après une tentative de suicide sont volontairement isolés de leur famille pendant quelque temps, cela fait partie du processus thérapeutique mais peut être vécu comme traumatisant au début. Les soignants cherchent alors à établir un climat de sécurité affective.

 

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Il faut lutter autant contre le mécanisme d’enfermement psychique, que contre le sentiment d’abandon. Par leur présence, parce qu’ils sont la vie-même, les clowns peuvent apaiser le jeune malade. Avec ces adolescents fragiles, il importe d’adapter le jeu, d’instaurer, parfois, un dialogue plus adulte, sans pour autant jamais quitter son rôle de clown. En n’imposant pas de personnage, en étant dans l’écoute, les clowns laissent l’adolescent choisir la relation qu’il désire avoir avec eux. Comme avec cette jeune fille assise sur son lit qui pleurait en regardant dehors. Sans rien dire, ils improvisèrent un jeu de regards entre eux, puis, comme la jeune fille, se mirent à regarder aussi dehors. Au bout de quelques instants, elle entama un échange, grâce au lien complice créé entre elle et les clowns.

« le clown est un ‘’outil’’ pour aller mieux, une ’’mini-usine’’à transformer en rire et en poésie le présent souvent sombre d’une chambre d’hôpital. »

Ainsi que le note Pedro Serra, pédopsychiatre à l’hôpital Jean Verdier (Bondy) : « les clowns partagent, avec la psychothérapie, la vocation de redonner aux malades leur place d’être humain pour qu’ils soient de nouveau dans la vie. Avec un psychologue ou un clown, l’hôpital accepte la présence d’une dimension qui ne concerne pas directement la souffrance du corps. »

Enfin, il arrive qu’au moment des transmissions le personnel soignant fasse état de son impuissance face à un enfant en grande souffrance morale. Marc Mauguin, alias Mister Pink, cite le cas de ce garçon de 14 ans en secteur stérile après une greffe de moëlle, qui ne parlait plus, ne voulait voir personne, n’avait plus aucune réaction. « Très irritable, amer, acerbe, il avait besoin de projeter sur les clowns, de faire mal à l’un d’eux avec la complicité de l’autre. Cela lui a permis d’exorciser son mal. » Après plusieurs semaines, clowns et soignants ont constaté une évolution psychologique. « Le travail des clowns aura été de traverser cette période très difficile avec lui », confirmant que « le clown est un ‘’outil’’ pour aller mieux, une ’’mini-usine’’à transformer en rire et en poésie le présent souvent sombre d’une chambre d’hôpital. »

Ensemble, enfants et clowns inventent l’imprévu. Cet espace imaginaire créée des relations de complicité très particulières. Intenses et brèves, cela leur confère un caractère magique et mystérieux.

 

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