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clown-basketEn 2014, nous souhaitons attirer votre attention sur l'intervention des clowns dans les services de réanimation pédiatrique. Dans un tel service règne une tension palpable. Le personnel soignant est extrêmement concentré, chaque minute est comptée pour les petits bouts dont le pronostic vital est parfois engagé. Dans cette ambiance surmédicalisée, le clown est comme un funambule sur le fil de la vie.

 

On pourrait d’abord s’étonner d’une telle intervention dans un service si sensible. Accidents de la circulation, noyades, complications postopératoires, ou détresse respiratoire d’un nouveau-né… l'hospitalisation en réanimation se fait toujours dans un contexte d'urgence et pour des situations terribles auxquelles il semble difficile d’associer l’univers poétique et ludique des clowns.

En réanimation, une ou plusieurs fonctions vitales sont défaillantes et quand le pronostic vital est engagé, l’atmosphère est extrêmement tendue. Les soignants sont très concentrés, leurs gestes doivent être rapides et précis. Leur priorité est de maintenir la vie. Les clowns doivent adopter la même vigilance, sortir leur radar et se faire « éponge » pour s’imprégner de toutes les sensations et les informations qui circulent. Nos « funambules » à nez rouge naviguent sur ce fil, tentant d’insuffler la vie en faisant appel à la magie ou à la douceur d’un chant.

enfant-ours-nezC’est justement cette fragilité de l’instant qui a poussé les responsables de services de réanimation à faire appel au Rire Médecin. Car le clown est un magicien de l’instant. Toujours sur un fil ténu, il peut à tout moment se transformer en super héros ou rater une porte et se couvrir de ridicule. La versatilité de son personnage a donc tout son sens auprès de ces familles confrontées à l’instabilité de la situation. Malgré le stress intense, la plupart des parents trouvent auprès des clowns un grand réconfort.

Ces derniers agissent comme une « fenêtre ouverte » sur un autre espace, moins tendu, plus vivant. Parfois même, ils ne se privent pas de « mettre les gaz à fond », dès lors qu’ils sentent que c’est possible !

Dans un service de réanimation, il y a aussi les petits patients qui vont mieux et pour lesquels les clowns sont de véritables catalyseurs d’énergie. Beaucoup d’entre eux sont par ailleurs transférés en réanimation après une hospitalisation dans un autre service de l’hôpital. Ils connaissent donc très bien les clowns et de les retrouver en réanimation, au sortir de l’épreuve traversée, est pour eux capital. Ce lien que les clowns assurent entre les services raccroche en effet ces petits à quelque-chose de très vivant. Professeur Mistral, ancien hôpiclown à Marseille, se souvient particulièrement de Capucine, admise en réanimation à la suite d’une opération ayant consisté à lui poser un cœur artificiel. En entendant la musique jouée par ses clowns préférés, Mistral et Marie-Chaussette, elle a retrouvé ses forces et s’est mise à danser et à distribuer des baisers virtuels au personnel présent. Si ses baisers étaient virtuels, son sourire, lui, ne l’était pas !

Pour faciliter l’intervention des clowns dans ce secteur si sensible, l’équipe du Rire Médecin a dû mettre en place un protocole. Véritable guide pour ceux qui y font leurs premiers pas, il propose aux comédiens une boîte à outils pour faciliter l’intégration auprès des soignants, se prémunir de la violence de certaines situations et apprivoiser machines et contraintes d’hygiène. Il leur offre également des clés artistiques spécifiques pour intervenir auprès des enfants qui ne peuvent répondre au jeu de manière directe (enfants dans le coma ou intubés…).

En effet, même plongé dans le coma, un enfant entend et sent ce qui se passe auprès de lui. Pour s’en convaincre, il suffit de lire le témoignage de Lory, alias Dr Jeep tout terrain, clown chevronnée de l’association, encore bouleversée par ce moment : « Nous étions dans la chambre d’un petit garçon que nous connaissions bien. Il venait d’un service d’oncologie et avait dû subir une intervention lourde qui l’avait plongé dans le coma. Alors que mon partenaire et moi chantions pour lui, tout en déformant les paroles pour ajouter du « piquant », Charles a éclaté de rire pendant son coma ! ». Et Lory de conclure « Je ne suis pas médecin, mais je suis convaincue que Charles nous faisait signe qu’il était heureux de notre présence, et qu’il nous avait reconnus ! »

Dans un service de réanimation, les clowns sont de véritables équilibristes : grâce au pouvoir de l’imaginaire ils insufflent de la vie là où elle ne tient parfois qu’à un fil…

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