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par Stéphane Lafargue, alias Gonzo

Salut Nina*,

Tu représentes pour moi ce que la vie a de plus injuste, ce qui m’a le plus frappé, le plus révolté quand j’exerçais en réanimation : l’accident bête et grave. […] L’accident laisse toujours une trace dans la conscience des autres, même s’ils n’étaient pas là, des remords qui peuvent gâcher car ils éprouvent la conscience.

Nous nous sommes rencontrés à la Timone. Je venais chanter des chansons et faire des âneries. Toi, tu avais été renversée en sortant du bus, et tu n’étais pas bien en forme. Tu étais même dans le coma, un coma profond où personne ne sait comment l’environnement te parvient. […] Mais tu avais l’air d’écouter vraiment ce qu’on venait te chanter. Alors nous revenions, à chaque fois on s’appliquait le plus possible, on mettait plein de précautions pour que peut-être un jour tu nous envoies une réponse, même toute petite, à nos chansons. […] Tu inspirais la douceur mais tu ne nous as pas donné de signe pendant longtemps. Mais patience et longueur de chant font plus que force ni que rage.

Un jour de novembre, je suis venu avec Alfredo et la grande Girafe qui était en visite chez nous. Le service était plein mais ce jour-là, étrangement, on ne pouvait voir aucun enfant à part toi. Nous sommes rentrés dans ta chambre. Tu étais allongée avec ta maman et la psychologue du service de chaque côté de ton lit. Alors, je crois qu’on a mis l’énergie que nous n’avions pas pu mettre ailleurs dans ta chambre. On s’est présenté et on a commencé à chanter comme si tu pouvais te mettre à danser ! Au bout quelques secondes, on a vu tes lèvres bouger, tout s’est arrêté ; ta maman s’est penchée pour voir ce que tu avais à dire mais elle ne nous a rien répété, c’était le premier signe de vie que tu donnais depuis plusieurs mois ! Alors on s’est remis à jouer de la musique et à chanter, tu as parlé de nouveau, et on a continué. On a fini notre morceau, on t’a envoyé quelques bisous, à ta maman aussi, tout le monde pleurait. La journée s’est terminée comme ça, tôt puisqu’on n’avait pu voir que toi. Mais comme dit Alfredo, une comme toi, cela nous remplit pour la journée !

Je n’ai pas eu de tes nouvelles, et je n’en ai pas demandé. Je suis repassé en réanimation, tu n’y étais plus et je ne veux plus t’y revoir. J’espère que tout va bien pour toi. Fais un bisou à ta maman de ma part et fais bien attention en sortant des bus.

 

*Le prénom a été changé.

 

Gonzo

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