La musique et le chant dans le travail des clowns du Rire Médecin

La musique et le chant dans le travail des clowns

De nombreux comédiens du Rire Médecin sont armés d’un solide bagage musical qui leur permet d’entrer en relation avec un enfant hospitalisé ou son entourage. Découvrez l’importance capitale de la musique et du chant au travers de ces témoignages.

Témoignage de Christophe Grundmann, alias Virgil

J’ai pu constater à quel point la musique et le chant sont à leur juste place dans mon travail de clown auprès des enfants malades. Souvent, les enfants semblent fascinés par les jeux autour de la voix. Les sons, les silences sont alors comme une histoire qu’on leur raconte.

Je me souviens qu’avec une petite fille âgée de 4-5 ans, Louanne. J’avais créé avec sa complicité une chanson sans fin, que j’avais appelée La chanson de Virgil. Au fur et à mesure de nos rencontres, elle me demandait La chanson de Virgil. En fonction des événements de la vie de Louanne, de sa maman mais aussi autour de la vie supposée de Virgil, j’inventais des mots, des sons qui racontaient une histoire avec une musique qui reflétait l’ambiance du jour.

Avant ma visite, Louanne et sa maman construisaient dans son lit une espèce de tipi dans lequel je me glissais. Je me retrouvais alors proche de Louanne. Cette merveilleuse enfant me faisait l’honneur, à partir de notre chanson commune, d’échanger et partager des mots de joie. Un jour, un collègue clown, Bernie, m’a appelé car Louanne lui avait demandé La chanson de Virgil.

Le son de la voix, le son d’un instrument de musique peuvent certainement créer chez l’enfant et chez le bébé des réactions extrêmement fortes d’excitation, de joie. L’enfant semble retrouver sa liberté, oublie pour un instant la pesanteur de sa maladie. Il crie, chante avec nous, espère, attend. Il rigole, fait le clown ! Si la maman ou le papa se mettent alors dans l’histoire, dansent, tapent dans les mains, nous autres – les clowns – sommes alors témoins d’une grande histoire d’amour.

Alors, très humblement et très sérieusement, nous les accompagnons et nous les remercions, mille fois.

Témoignage de Emmanuelle Bon, alias Z’el Printemps

Avant d’arriver au Rire Médecin, j’avais une voix qui porte loin. Dans plusieurs spectacles, théâtre de rue, cirque, et même une figuration à la Comédie Française où j’interprétais une pleureuse méditerranéenne, cette voix était mon laisser-passer, mon fonds de commerce. Je l’ai utilisée, modulée, poussée, pas toujours bien placée, et à deux reprises je l’ai brisée. Nodules, polypes, je suis passée à travers les mailles du filet de l’opération des cordes vocales grâce à une phoniatre formidable qui m’a permis de me réparer par une rééducation très attentive et poussée.

C’est à ce moment-là que je suis entrée au Rire Médecin. On était sept clowns à arriver en même temps et on a bénéficié d’une formation en musique et en chant. Chanter me faisait peur. J’avais peur que ma voix me lâche de nouveau. Marianne, elle aussi comédienne au Rire Médecin et pro de la musique, m’a doucement guidée vers une évidence dont je n’avais jamais pris conscience : un chant qui est adressé est juste.

Jusqu’alors, je chantais pour dire que j’existais. Je me suis mise à chanter pour dire à l’autre qu’il existe, et qu’il compte. C’est particulièrement perceptible avec un bébé seul dans son berceau et qui voudrait être pris dans les bras. Le chant, la voix, sont une enveloppe qui lui disent qu’on l’a vu, qu’on ressent ce désir qu’il a, qu’on tente de le satisfaire.

Très vite, mes mains se sont mises à danser au-dessus de ces bébés, pour compléter l’enveloppe sonore par une enveloppe visuelle. Elles dansent, comme portées par le chant, pour finir par se poser doucement sous les pieds, sur le front. C’est un toucher qui n’est pas celui de la maman dont ça ne remplacera pas les bras tant désirés, c’est un toucher musical qui complète et clôt la rencontre. Les bébés se laissent souvent emmener dans cette aventure, cessent de pleurer, écoutent, observent, s’apaisent sous les mains. C’est une petite sublimation de la frustration.

Faire entrer Z’el Printemps à l’hôpital m’a réconciliée avec ma voix chantée en lui donnant un sens. Musique et danse, danse et musique, je ne peux pas les démêler, l’une est l’écho de l’autre. Elles s’appellent mutuellement en permanence dans mon jeu clownesque.

Le chant est un bon moyen d’apaisement lors des accompagnements de soins douloureux (lien vers page dédiée), mais aussi un excellent trait d’union culturel pour des personnes qui ne parlent pas le Français. (lien vers page dédiée)

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