Des clowns en réanimation pédiatrique
Dans un service de réanimation pédiatrique règne une tension palpable et un silence dans lequel retentissent les sons des machines. Le personnel soignant est extrêmement concentré. Chaque minute est précieuse pour les enfants dont le pronostic vital est parfois engagé. Dans cette ambiance surmédicalisée, le clown intervient en toute délicatesse.
Réanimation pédiatrique : des services sensibles
On pourrait s’étonner de rencontrer des clowns dans un service si sensible. Accidents de la circulation, complications postopératoires, greffes, AVC, coma ou détresse respiratoire… l’hospitalisation en réanimation se fait toujours dans un contexte d’urgence auxquelles il semble difficile d’associer l’univers poétique et ludique des clowns.
En réanimation, une ou plusieurs fonctions vitales sont défaillantes et quand le pronostic vital est engagé, l’atmosphère est extrêmement tendue. Les soignants sont très concentrés. Leurs gestes doivent être rapides et précis. Leur priorité est de maintenir la vie. Les clowns adoptent la même vigilance, sortir leur radar et se faire « éponge » pour s’imprégner de toutes les sensations et les informations qui circulent. Nos comédiens clowns naviguent sur ce fil, tentant d’insuffler la vie en faisant appel à la magie ou à la douceur d’un chant.
C’est justement cette fragilité de l’instant qui a poussé les responsables de services de réanimation à faire appel au Rire Médecin.
Pourquoi faire appel au Rire Médecin ?
Toujours sur un fil ténu, il peut à tout moment se transformer en super héros ou rater une porte et se couvrir de ridicule. La versatilité de son personnage a donc tout son sens auprès de ces familles confrontées à l’instabilité de la situation. Malgré le stress intense, la plupart des parents trouvent auprès des clowns un grand réconfort. Quant aux soignants, ils demandent parfois un accompagnement de soins aux clowns ou des retours sur les interactions avec l’enfant ou la famille : “On fait équipe”.
Ainsi, les clowns agissent comme une fenêtre ouverte sur un autre espace, moins tendu, plus vivant. Parfois même, ils ne se privent pas de « mettre les gaz à fond », dès lors qu’ils sentent que c’est possible !
Présents pour tous les enfants du service
Dans un service de réanimation, il y a aussi les patients qui vont mieux et pour lesquels les clowns sont de véritables catalyseurs d’énergie. Beaucoup d’entre eux sont par ailleurs transférés en réanimation après une hospitalisation dans un autre service de l’hôpital. Ils connaissent donc très bien les clowns et de les retrouver en réanimation est pour eux capital. Professeur Mistral, ancien clown à Marseille, se souvient particulièrement de Capucine, admise en réanimation à la suite d’une opération cardiaque. En entendant la musique jouée par ses clowns préférés, Mistral et Marie-Chaussette, elle a retrouvé ses forces et s’est mise à danser et à distribuer des baisers virtuels au personnel présent. Si ses baisers étaient virtuels, son sourire, lui, ne l’était pas !
Des interventions clownesques adaptées à ce contexte
Pour faciliter l’intervention des clowns dans ce secteur si sensible, l’équipe du Rire Médecin a mis en place un protocole. Véritable guide pour ceux qui y font leurs premiers pas, il propose aux comédiens une boîte à outils :
- pour faciliter l’intégration auprès des soignants
- se prémunir de la violence de certaines situations
- apprivoiser machines et contraintes d’hygiène.
Par ailleurs, il leur offre également des clés artistiques spécifiques pour intervenir auprès des enfants qui ne peuvent répondre au jeu de manière directe (enfants dans le coma ou intubés…).
Par conséquent, les clowns sont souvent en jeu indirect. Ils font une proposition de jeu entre eux en précisant qui ils sont et n’attendent pas de retour. En effet, même plongé dans le coma, un enfant entend et sent ce qui se passe auprès de lui.
« Nous étions dans la chambre d’un petit garçon que nous connaissions bien. Il venait d’un service d’oncologie et avait dû subir une intervention lourde qui l’avait plongé dans le coma. Alors que mon partenaire et moi chantions pour lui, tout en déformant les paroles pour ajouter du « piquant », Charles a éclaté de rire pendant son coma ! Je ne suis pas médecin, mais je suis convaincue que Charles nous faisait signe qu’il était heureux de notre présence, et qu’il nous avait reconnus ! » — Lory, alias Tata Jeep
Dans un service de réanimation, les clowns sont de véritables équilibristes. Grâce au pouvoir de l’imaginaire, ils insufflent de la vie là où elle ne tient parfois qu’à un fil…