Anorexie : les clowns peuvent aider les adolescents
En France, l’anorexie touche de plus en plus d’adolescents. Si cette maladie n’est pas nouvelle, les clowns du Rire Médecin y sont de plus en plus souvent confrontés.
Comment les clowns peuvent aider les adolescents souffrant d’anorexie ?
Face à cette pathologie, nos comédiens clowns sont formés pour aider les adolescents à porter un autre regard sur eux-mêmes.
« Charlotte, affecté par l’anorexie de 14 ans, est hospitalisée à Créteil. Un jour, mon clown Dédé et son acolyte Daisy entrent dans la salle à manger où elle se trouve avec d’autres. C’est l’heure du repas, moment particulièrement angoissant pour les jeunes filles anorexiques, qui vivent cela comme une contrainte. Dédé, toujours avide de méthodes de séduction, leur demande quelques conseils. Daisy lui suggère d’écrire des poèmes d’amour. En bon menteur invétéré, il saisit le menu du jour et affirme que c’est lui qui a écrit ce « poème ». Il se lance alors dans la lecture du menu façon sérénade « Oh mon beau brocoli, retrouve-moi à l’escalope, et nous ferons du yaourt… ». C’est suffisamment ridicule pour faire rire les ados, en particulier Charlotte. Cela donne une autre saveur au repas ! » — Bernard Plantié, clown au Rire Médecin
Avec cette improvisation autour de l’alimentation, qui cristallise la détresse de ces adolescentes souffrant d’anorexie, Bernard est parvenu à réintroduire la notion de plaisir, d’ordinaire rejeté par ces jeunes. C’est une victoire : de tels moments sont très importants. Ces jeunes filles sont souvent prises au piège de leur volonté de contrôle et ont du mal à concéder un sourire ou de l’attention.
Adolescence et ses turbulences
On ne connaît pas avec certitude l’origine de l’anorexie. Elle est souvent liée à de multiples facteurs, tant socio-culturels que psychologiques et familiaux. Mais on retrouve chez ces jeunes un profond défaut de confiance en eux.
L’adolescence est souvent difficile à vivre. On cherche à se conformer à la norme pour être accepté. La maîtrise du poids devient alors un moyen de développer un sentiment de contrôle et de confiance en soi. En devenant une source d’inquiétude pour ses proches, l’adolescent peut se sentir valorisé, sujet d’attention et d’amour.
Redonner la confiance grâce à l’imaginaire
C’est sur le manque de confiance et de laisser une place pour l’imaginaire que nos clowns cherchent à agir. Mission délicate, car ce public – constitué en général de jeunes filles – est très persévérant dans le contrôle, verrouille tout pour ne pas se laisser aller au plaisir ou se dévoiler. Souvent, lors du premier contact avec les clowns, l’impassibilité prévaut.
Marie-José Segarra, clown au Rire Médecin (Taratata), a pourtant su faire surgir de manière détournée les émotions de Louise, de 12 ans :
« Elle et moi avons construit un conte fantastique. Taratata se retrouvait « maudite » par une sorcière et condamnée à être crapaud jusqu’à ce qu’un Prince lui crache dessus… En attendant, elle devait sans fin monter et descendre une montagne avec un poids de 150 kg, traverser une forêt maléfique et résister à l’arbre de la tentation où poussent des fruits magnifiques mais toxiques. »
Sous couvert d’un conte, Louise a pu exprimer ce qu’elle traverse. Un moment d’une rare intensité qui démontre combien l’imaginaire peut aider à ouvrir le cadenas derrière lequel les adolescents bouclent leurs sentiments.
A l’hôpital Ambroise Paré, la cheffe du service a indiqué à nos clowns que s’ils parvenaient à ouvrir la porte de l’imaginaire, c’était gagné ! En s’affranchissant de l’obligation de se nourrir pour vivre, ces adolescents souffrant d’anorexie ressentent un sentiment de puissance, de pouvoir sur leur corps. Mais il y a autant de types d’anorexies que d’adolescents touchés, c’est pour cela que la guérison est un long parcours. C’est aussi pour cela que les clowns ne disposent pas de « recette miracle » pour provoquer la rencontre avec ces jeunes.
Dans l’improvisation se joue parfois un déclic. C’est ce qu’ont vécu à Orléans, Nolwenn et Philippe, alias Socquette et Osvaldo. Ce jour-là, place à une parodie de la scène du balcon de Roméo et Juliette dans la chambre de Sarah, 16 ans. Socquette joue le metteur en scène et Osvaldo, Roméo. La jeune Sarah incarne Juliette. Socquette demande à Sarah de pleurer de son balcon pour inonder Roméo. Sarah se prête au jeu. Soudain, alors qu’elle fait semblant de sangloter, de vraies larmes se mettent à rouler sur ses joues ! Et Philippe alias Osvaldo de conclure : « Quelque chose s’est joué ce jour-là, nous avons provoqué des émotions enfouies qui ont submergé Sarah… Mais sur ses lèvres mouillées, c’était bien un grand sourire qui l’illuminait à la fin de notre visite. »